Rappel historique

Ce texte est un résumé de l'histoire des États Shan tel qu'il est présenté par les Shan eux-mêmes

Rappel historique du jour de la résistance du peuple Shan

L’état Shan, qui partage ses frontières avec la Thaïlande, le Laos, la Chine et la Birmanie, a toujours existé en tant qu’état indépendant. Pendant la majeure partie de son histoire, il était en fait constitué d’un groupe de principautés indépendantes dirigées par des princes appelés Sao Pha, l’ensemble étant régi par un gouvernement de type fédéral. Cette structure politique existe depuis le 8ème siècle.

Mais la colonisation du Sud-Est asiatique par les britanniques au 19ème siècle allait briser cette harmonie de l’état Shan. C’est suite à l’occupation de l’Inde par les anglais au début du 19ème siècle (1815) que les Shan en Ahom ont perdu leur indépendance (aux environ de 1818) et se sont vus intégrés de force dans les indes britanniques.

La Birmanie a perdu sa liberté face aux britanniques en trois phases, chacune marquée par une guerre : 1824, 1852 et 1885. L’état Shan a connu à cette époque une période de troubles provoquée par des luttes intestines pour le pouvoir et, avec la collaboration des Sao Pha de Hsipaw et de Yawnghwe, les anglais ont profité de cette division pour envahir l’état Shan qui est alors devenu un protectorat de l’empire britannique en 1886. Pendant cette même période, la rivalité entre les français qui occupaient l’’Indochine (Viêt-Nam, Laos et Cambodge) et les anglais a elle aussi eu des répercussions désastreuses sur l’état Shan. Les frontières de ce dernier ont été tracées par les colonisateurs anglais et français sans demander l’accord des populations locales. Ceux qui avaient l’habitude de voyager librement à l’intérieur de leurs terres se sont soudainement retrouvés séparés de leurs voisins par une barrière.

Pendant la seconde guerre mondiale, les britanniques ont promis d’accorder l’indépendance à leurs colonies qui participaient à l’effort de guerre contre les japonais. De nombreux dirigeants ont profité de cette occasion pour aider les anglais, notamment les Sao Pha qui ont participé à la lutte contre les japonais sur leurs territoires. En août 1945, à la fin de la guerre, les Shan se sont alors préparés à retrouver leur indépendance.

Un an environ après la fin du conflit, les Shan étaient devenus un acteur important au sein des affaires politiques birmanes. Les Sao Phan avaient déjà prévu la formation du SCOUPH (Supreme Council of the United Hill People – Conseil suprême des populations montagnardes unies) qui a finalement été créé en février 1947. En attendant, en vue de passer d’un système de pouvoir héréditaire à un régime démocratique, il avait été mis en place un Conseil de l’état Shan (Shan State Council) composé de 7 Sao Pha et de 7 représentants du peuple.

Une conférence a été tenue à Panglong dans l’état Shan de Laikha sous l’égide des Sao Pha. Aucune décision concrète n’a alors été prise sur la question de savoir si les Shan devaient se joindre à la Birmanie dans le cadre de l’indépendance. Les britanniques avaient clairement déclaré que l’état Shan pouvait solliciter sa propre indépendance auprès d’eux.

L’absence de décision concrète de la part des Sao Pah a donné lieu à beaucoup de confusion au sein des leaders birmans qui essayaient de persuader les britanniques des les laisser accéder à leur indépendance. D’un autre côté, les birmans ont également intensifié leurs efforts de persuasion auprès des Shan. Le 12 février 1947, les Sao Pha (Shan), les Chin et les Kachin ont signé un accord avec le général Aung San, le représentant des birmans, pour former une union et obtenir l’indépendance des britanniques. Cet accord est connu sous le nom d’accord de Panglong et il a non seulement concrétisé l’union, mais a également servi de base pour la constitution de 1947. Selon les termes de cet accord et de la constitution les Shan auraient le droit de se séparer de l’union après 10 ans s’ils le souhaitent. Il s’agissait là d’une clause essentielle d’équilibre des pouvoirs entre les birmans qui dominaient le gouvernement fédéral et les Shan qui représentaient non seulement les états Shan, mais aussi toutes les autres minorités ethniques au sein de l’union.

L’accord rendait possible la création d’états unis au sein desquels les Birmans et les Shan étaient alliés par consentement mutuel. L’état Shan a obtenu son indépendance des britanniques dans le cadre de l’Union de Birmanie le 4 janvier 1948.

Les Sao Pha étaient toujours au pouvoir, mais l’état Shan possédait son propre gouvernement et sa propre assemblée depuis le départ des anglais. Comme convenu aux termes de l’accord, aucune troupe du gouvernement fédéral ne stationnait dans les états Shan, l’armée était dominée par les Birmans et était la bienvenue chez les Shan.

Le gouvernement birman avait cependant pour ambition d’occuper l’état Shan et y a fait pénétrer ses troupes en violation des termes de l’accord et avant que le peuple Shan n’ai pu se prononcer sur son droit de sécession. Les Birmans considéraient les Shans comme un état potentiellement dangereux et ont envoyé leurs troupes pour le détruire.

Au début de 1956, les Shan ont commencé à résister au gouvernement birman dans le cadre du système démocratique et par des moyens pacifiques. L’association Sangha de l’état Shan a été créée avec pour objectif de lutter pour les droits de la région, de l’identité culturelle et des communautés de moines. De même, l’organisation des états Shan a tenu les 27 et 28 décembre 1965 à Mong Yai, au nord de l’état Shan, une conférence à laquelle ont participé 150 Sao Pha Shan ainsi que des représentants de la population. Tous les participants sont tombés d’accord pour s’opposer aux actions de l’AFPFL (Anti Fascist People Freedom League – Ligue pour la liberté des peuples contre le facisme) et ont pris les décisions suivantes :

  1. L’Organisation des états Shan est formellement opposée au traité signé entre le gouvernement de l’Union de la Birmanie et le gouvernement de l’état d’Israël qui autorise l’exploitation par ce dernier de 1 million d’acres de terre de l’état Shan pour l’agriculture.
  2. Le peuple Shan doit profiter des revenus provenant de la mine d’argent de Namtu Bawtwin, au nord de l’état Shan.
  3. L’état Shan est en droit de recevoir sa part de dommages de guerre payés par le gouvernement japonais après la fin de la seconde guerre mondiale.
  4. Pour établir la paix et la stabilité au sein de son territoire, le gouvernement de l’état Shan doit pouvoir élaborer et mettre en œuvre ses propres plans.
  5. Une conférence entre les populations et les dirigeants de l’état Shan doit être tenue au plus tôt.
  6. L’état Shan doit se voir accorder un budget par le gouvernement de l’Union.
  7. Le gouvernement de l’Union doit supprimer la taxe sur les bénéfices qu’il collecte au sein de l’état Shan.
  8. Les populations de l’état Shan doivent avoir le droit de former des partis politiques et des  organisations sociales.
  9. L’état Shan mettra temporairement fin à sa collaboration avec le SCOUHP.
  10. Les dirigeants Shan n’ont pas à céder inutilement leur autorité administrative.
  11. Conformément à la constitution, l’état Shan fera sécession de l’Union après 10 ans.
  12. L’état Shan ne rejoindra pas l’AFPL et n’en sera pas membre.

Une fois ces décisions prises et annoncées, les populations de l’état Shan se sont alliées et ont revendiqué leurs droits pacifiquement le 7 février 1957.

Au cours de la conférence qui s’est tenue du 16 au 19 mai 1957 à Mong Yai, tous les groupes ont convenu de créer une force armée dans le but de protéger l’état Shan après avoir constaté que le gouvernement Birman ne les laissera jamais constituer un état indépendant. C’est Sao Noy, connu sous le nom de Saw Yan Ta et né à Mong Wan, qui a été choisi pour diriger cette armée du fait de son expérience acquise pendant la seconde guerre mondiale.

Le 21 mai 1958, Sao Noy a mené les 30 partisans armés de 30 fusils dans la formation de la première force armée de l’état Shan, Noom Serk Harm (Les jeunes combattants). Selon la tradition, ils ont alors prêté serment avec leur propre sang dans la vallée de Sa Marn, près de la ville de Mong Pan, au sud des états Shan. Ils ont plus tard établi leur quartier général à Pon Kean, près du village de Mong Kyuak.

Lorsque la nouvelle de la formation d’un groupe armé de résistance a commencé à se répandre à travers l’état Shan, les populations qui vivaient sous le joug de l’oppresseur birman depuis 10 ans ont-elles aussi commencé à former leurs milices armées pour participer à la lutte. La bataille pour la liberté s’est répandue à travers l’état Shan à la vitesse d’un feu de paille.

Mais même si plusieurs groupes de résistance se sont formés pendant le combat pour la liberté, tous les patriotes Shan reconnaissent unanimement le 21 mai 1958, jour de la formation de Noom Serk Harm par Sao Noy comme le « Jour de la résistance du peuple Shan » que nous célébrons aujourd’hui.



12-06-2009 | 391 vues

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